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Twinsight lève 1,6 M€ près de Grenoble et vise les États-Unis

Une medtech iséroise vient de boucler une levée de fonds. Montant : 1,6 million d'euros. Objectif : attaquer le marché américain. Twinsight, basée à La Tronche près de Grenoble, développe un logiciel...

Twinsight lève 1,6 M€ près de Grenoble et vise les États-Unis

Une medtech iséroise vient de boucler une levée de fonds. Montant : 1,6 million d'euros. Objectif : attaquer le marché américain. Twinsight, basée à La Tronche près de Grenoble, développe un logiciel de planification chirurgicale dopé à l'IA. Elle a décroché son feu vert de la FDA fin août 2025. Et elle compte bien en profiter.

L'opération dit quelque chose de plus large sur l'écosystème medtech d'Auvergne-Rhône-Alpes. Une jeune pousse régionale, adossée à la recherche grenobloise, qui va chercher son marché aux États-Unis avant même l'Europe. On décrypte.

Ce que Twinsight a levé, et avec qui

La start-up a bouclé un tour d'amorçage de 1,6 million d'euros. La structure mêle fonds propres et financements non dilutifs. Rien de spectaculaire sur le montant, mais l'usage est précis : financer l'entrée sur le marché américain.

Le tour de table est révélateur. On y trouve :

  • Bpifrance, la Caisse d'Épargne Rhône Alpes et le Crédit Agricole Sud Rhône Alpes pour le volet non dilutif.
  • Des business angels, dont des chirurgiens qui utilisent déjà la solution. Signal fort : ceux qui s'en servent y mettent leur argent.
  • Grenoble Angels, au capital depuis les débuts de l'entreprise.
  • Le Luxembourg Business Angel Network (LBAN) et des investisseurs américains.

Ce dernier point marque la première levée internationale de Twinsight. Deux nouveaux administrateurs, Cyrille Fleury et David Anderson, rejoignent le conseil d'administration pour piloter le développement commercial.

Petit détail de coulisses qui a son intérêt. Une levée prévue fin 2024 n'a pas eu lieu. Les fondateurs l'ont remplacée par celle-ci, voulue "uniquement auprès de personnes physiques, des business angels et des chirurgiens notamment". Autrement dit : le plan A a sauté, ils ont recomposé un tour plus proche de leurs utilisateurs. Ça arrive plus souvent qu'on ne le raconte dans les communiqués.

SurgiTwin : un jumeau numérique du genou

Le produit s'appelle SurgiTwin. Concrètement, il assiste le chirurgien orthopédique avant l'opération. À partir des données médicales du patient, notamment les scans préopératoires, le logiciel génère une représentation 3D personnalisée du genou.

Ce que l'IA automatise dans le processus :

  • La segmentation osseuse, c'est-à-dire isoler les structures osseuses sur l'imagerie.
  • Le repérage automatique des points anatomiques clés.
  • Les différentes mesures nécessaires à la planification préopératoire.

Le principe technique : les algorithmes d'apprentissage automatique construisent un jumeau numérique propre au patient, puis génèrent un plan chirurgical optimisé. L'idée de fond, c'est de sortir des méthodes standardisées qui ne tiennent pas assez compte de l'anatomie individuelle.

C'est un cas d'usage sérieux de l'IA appliquée. Pas un chatbot, pas de génération de texte. De la vision par ordinateur et du traitement d'imagerie médicale, sur un dispositif régulé. Pour comprendre ce que fait déjà la filière santé côté lyonnais, on avait fait le tour de la question dans ce panorama de l'IA dans la santé à Lyon.

Le vrai pivot de l'histoire : la FDA

Sans la FDA, pas de levée. C'est aussi simple que ça.

Le 28 août 2025, Twinsight a obtenu sa clairance FDA (référence K250290). La base officielle américaine classe SurgiTwin parmi les dispositifs médicaux de classe II, ceux qui nécessitent des contrôles spéciaux. Ce n'est pas une formalité. C'est la porte d'entrée du marché américain pour un logiciel médical.

Le fait marquant : SurgiTwin 3D serait la première plateforme française de planification chirurgicale de remplacement du genou basée sur l'IA à recevoir l'autorisation FDA pour le marché américain. Pour une start-up de treize personnes, c'est une carte de visite qui pèse.

Et le marché est là. Plus de 750 000 remplacements du genou sont réalisés chaque année aux États-Unis. L'argument commercial de Twinsight tient en une phrase : les méthodes traditionnelles de planification ne s'adaptent pas assez à l'anatomie de chaque patient. C'est exactement le trou que l'entreprise veut combler.

Une trajectoire qui part de la recherche grenobloise

Twinsight a été fondée en 2020. Elle compte aujourd'hui treize collaborateurs et n'a pas encore de chiffre d'affaires. C'est le profil classique de la deeptech : long cycle de R&D, passage obligé par la régulation, revenus qui arrivent après.

Les fondateurs sont quatre : Mathieu Rimaud (PDG), Antoine Perrier (directeur médical et stratégique), Marek Bucki (directeur scientifique) et Mathieu Bailet (directeur technique). Le parcours de ce dernier illustre bien l'origine du projet. Diplômé en 2011 de Grenoble INP - Ensimag (UGA), passionné de simulation numérique, il a découvert l'application à la médecine lors de son stage de fin d'études au laboratoire TIMC à Grenoble.

On est là au cœur de ce qui fait la force de l'écosystème grenoblois : des ingénieurs formés localement, un labo de recherche reconnu, et un projet qui en sort pour devenir une entreprise. C'est ce genre de circuit que l'on retrouve derrière beaucoup d'histoires deeptech régionales, comme on l'évoquait à propos des laboratoires de recherche en IA de la métropole.

L'ancrage régional, du labo aux banques

Twinsight coche à peu près toutes les cases de l'appui local. L'entreprise est hébergée à la pépinière Biopolis de l'Université Grenoble Alpes. Elle s'appuie sur un réseau d'acteurs régionaux bien identifiés : Minalogic, La French Tech Alpes-Grenoble, l'Université Grenoble Alpes, et Medicalps, le cluster santé de la région.

Le projet a aussi été reconnu. En 2023, SurgiTwin a été distingué au concours national d'innovation i-Lab, soutenu par l'État, et l'entreprise a été lauréate des Innotrophées 2023, un prix régional.

Enfin, les financements non dilutifs viennent de banques implantées localement. Caisse d'Épargne Rhône Alpes, Crédit Agricole Sud Rhône Alpes. Ajoutez Grenoble Angels, présent depuis la création. Le message est clair : l'écosystème financier régional sait accompagner une deeptech santé dans la durée, avant l'arrivée d'investisseurs étrangers.

C'est un point qui compte pour toute jeune pousse de la région. Les dispositifs de financement existent, et ils s'enchaînent. On avait détaillé lesquels dans ce guide sur le financement d'un projet IA en région.

Ce que Twinsight vise maintenant

2026 sera l'année de l'entrée officielle sur le marché américain. La levée sert à ça : transformer l'autorisation FDA en déploiement commercial auprès des chirurgiens outre-Atlantique.

Les objectifs affichés :

  • Deux embauches supplémentaires en 2026.
  • Un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros à l'horizon 2030.
  • Le développement de la version SurgiTwin 4D, deuxième génération du produit.

Sur cette nouvelle version, les fondateurs sont clairs : "Nous sommes en train de travailler sur la deuxième version du produit (SurgiTwin 4D) et nous allons demander la certification américaine dès cette année." La certification européenne suivra "dans la foulée".

Notez l'ordre. FDA d'abord, marquage CE ensuite. C'est un choix de plus en plus fréquent chez les medtechs européennes, qui trouvent le parcours réglementaire américain plus lisible et le marché plus rémunérateur. Le paradoxe est réel : une entreprise iséroise qui va vendre aux États-Unis avant de vendre chez elle.

Ce qu'il faut retenir

Pour l'écosystème medtech d'Auvergne-Rhône-Alpes, l'opération Twinsight envoie trois signaux utiles.

  • La recherche grenobloise produit des entreprises. Ensimag, laboratoire TIMC, pépinière Biopolis : la chaîne fonctionne, du labo à la start-up régulée.
  • L'IA appliquée à la santé passe par la régulation. Une clairance FDA n'est pas un détail marketing, c'est ce qui débloque le financement et le marché. Toute medtech IA de la région qui vise l'international doit intégrer ce calendrier très tôt.
  • L'international ne veut pas dire quitter la région. Twinsight reste à La Tronche, s'appuie sur ses banques et ses angels locaux, et va chercher sa croissance aux États-Unis.

Reste un point de vigilance. Six ans après sa création, la start-up n'a pas encore de chiffre d'affaires. La levée de 1,6 million est un tour d'amorçage, pas un blanc-seing. Le vrai test arrive en 2026 : la capacité à convertir l'autorisation FDA en ventes réelles auprès des chirurgiens américains. Si vous suivez la medtech régionale, c'est la trajectoire à garder à l'œil sur les douze prochains mois.

Sources

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