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IA agentique et SaaS : ce qu'il faut regarder dans sa pile logicielle

Gartner met un chiffre sur la table : jusqu'à 234 milliards de dollars de dépenses en logiciels d'entreprise seront exposées d'ici 2030 à ce qu'il appelle "l'arbitrage agentique". Soit environ 20 % de...

IA agentique et SaaS : ce qu'il faut regarder dans sa pile logicielle

Gartner met un chiffre sur la table : jusqu'à 234 milliards de dollars de dépenses en logiciels d'entreprise seront exposées d'ici 2030 à ce qu'il appelle "l'arbitrage agentique". Soit environ 20 % des dépenses SaaS des entreprises. Traduction : une part significative de ce que vous payez chaque mois en abonnements va se retrouver sous pression.

Le sujet n'est pas théorique. Le 23 février, le cours d'IBM a chuté de 13,2 % après qu'Anthropic a publié un guide pour moderniser du code Cobol avec Claude Code. Plus forte baisse depuis la bulle internet. La bourse est nerveuse. Vous devriez au moins comprendre pourquoi.

Le mécanisme : pourquoi l'IA agentique menace le SaaS

Le raisonnement de Gartner est simple. Un agent IA accomplit des tâches à travers plusieurs systèmes. Il n'a pas besoin de cliquer dans dix interfaces différentes. Résultat : le besoin des utilisateurs d'ouvrir eux-mêmes les logiciels traditionnels diminue.

George Brocklehurst, Managing VP chez Gartner, résume : "l'IA agentique change l'économie du logiciel". Et surtout : "cela brise le lien entre croissance des utilisateurs et croissance du revenu pour de nombreux éditeurs de logiciels d'entreprise".

C'est là que ça fait mal. Le modèle dominant du SaaS, c'est la facturation par siège. Plus vous avez d'employés qui utilisent l'outil, plus vous payez. Un compte par personne.

Maintenant, imaginez un logiciel qui permet de faire le travail de dix personnes avec deux employés qui supervisent des agents. La valeur apportée explose. Mais le nombre de sièges facturés s'effondre. L'éditeur scie la branche sur laquelle il est assis. C'est ce que certains appellent la "Seat Apocalypse".

Le terme "SaaSpocalypse" circule aussi depuis le début de l'année pour désigner la peur d'une disruption globale de l'usage et de la tarification du SaaS classique.

À quelle vitesse ça arrive

Les chiffres donnent le rythme. Gartner anticipe que 40 % des applications d'entreprise seront intégrées avec des agents IA spécialisés d'ici fin 2026, contre moins de 5 % aujourd'hui. Les dépenses en IA agentique devraient atteindre environ 206,5 milliards de dollars en 2026, en hausse de 139 % sur un an.

D'ici 2028, au moins 15 % des décisions quotidiennes de travail seraient prises de façon autonome par des agents, contre 0 % en 2024. Et 33 % des applications d'entreprise incluraient de l'IA agentique.

Mais attention à ne pas tout gober. Gartner prévoit aussi que plus de 40 % des projets d'IA agentique seront abandonnés d'ici fin 2027. Raisons : coûts qui s'envolent, valeur business floue, contrôles de risque insuffisants. Autrement dit, la disruption est réelle mais la moitié des projets vont se casser la figure. Ne pilotez pas votre stratégie sur la hype.

Attention à l'agentwashing

Avant de renégocier quoi que ce soit, une clarification. Le marché est plein de logiciels qui rebaptisent "agents" de simples assistants IA. La confusion la plus courante s'appelle l'agentwashing.

Un vrai agent est autonome. Il orchestre une tâche de bout en bout, à travers plusieurs systèmes, sans intervention humaine à chaque étape. Un chatbot amélioré qui attend vos ordres à chaque clic, c'est autre chose. La distinction compte, parce qu'un assistant qui dépend de l'humain ne menace pas le modèle par siège. Un vrai agent, si.

Si vous voulez creuser la différence, on l'a détaillée dans cet article sur ce qu'est un agent IA.

Comment évaluer vos abonnements

Passons au concret. Voici ce qu'il faut regarder dans votre pile logicielle avant la prochaine vague de renouvellements.

1. Cartographier l'usage réel

Vous payez sans doute des licences que personne n'ouvre. Avant toute renégociation, mesurez l'usage effectif de chaque outil. Combien de sièges actifs, combien de comptes dormants, quelles fonctions sont vraiment utilisées.

Des plateformes de SaaS Management se développent précisément pour ça : cartographier les applications, repérer les doublons, sortir les licences inutiles. Un bonus : elles remontent aussi les outils qui échappent aux circuits informatiques. C'est utile pour repérer le shadow IT agentique, ce sujet qu'on a abordé côté Shadow AI en entreprise.

2. Trier les briques exposées et les briques solides

Toutes vos applications ne sont pas à égalité devant l'arbitrage agentique.

  • Les plus exposées : les logiciels qui ne sont que des interfaces de saisie. Reporting manuel, saisie de données, tickets simples, remplissage de formulaires. Tout ce qu'un agent peut faire à votre place en tapant directement dans la base.
  • Les plus solides : les systèmes de vérité. Bases de données métier, ERP core, infrastructure. Ce qui stocke la donnée et fait autorité garde de la valeur, même si un agent vient s'y brancher par-dessus. L'agent a besoin de quelque chose à interroger.

La question à poser pour chaque outil : est-ce que je paie pour l'interface, ou pour ce qu'il y a derrière ? Si c'est surtout l'interface, votre pouvoir de négociation va grandir.

3. Regarder le modèle de tarification

Un abonnement facturé au siège dans un domaine automatisable est le plus fragile pour l'éditeur, donc le plus renégociable pour vous. Un abonnement facturé à l'usage ou à la valeur produite résiste mieux. Repérez sur quel modèle chacun de vos contrats fonctionne.

Les signaux à surveiller avant de renégocier

Ne renégociez pas à l'aveugle. Quelques signaux vous disent quand agir.

  • La position de vos éditeurs sur l'agentique. Certains se défendent en absorbant le sujet. Google en fait un produit avec Gemini Enterprise et sa gouvernance d'agents. SAP, lui, tente de bloquer par contrat les agents tiers non autorisés. Lisez ces clauses. Un éditeur qui vous interdit de brancher vos propres agents change la valeur de son offre.
  • L'arrivée de nouveaux acteurs. OpenAI a annoncé début février sa plateforme Frontier, présentée aux investisseurs comme un concurrent direct du SaaS. Quand un fournisseur généraliste attaque votre catégorie logicielle, la concurrence sur les prix suit.
  • Les clauses de vos contrats. Durée d'engagement, conditions de sortie, droits sur les agents tiers, propriété des données. C'est le moment de les relire deux fois. On a listé les points sensibles dans cet article sur les clauses d'un contrat fournisseur IA.
  • La prolifération d'outils IA en interne. Un dirigeant de Prompt Security parle de "cinquante nouvelles applications IA par jour". Plus vos équipes en adoptent sans contrôle, plus votre pile devient illisible et coûteuse. Cartographiez avant de laisser filer.

La fenêtre d'action

Gartner avertit les éditeurs qu'ils n'ont qu'une "fenêtre de trois à six mois pour définir leur stratégie produit d'IA agentique". Le même délai vaut pour vous, en miroir. Ceux qui anticipent les renégociations arriveront en position de force. Ceux qui attendent le renouvellement automatique paieront le prix fort pour des sièges dont ils n'ont plus besoin.

Un point de vigilance à ne pas oublier : ne remplacez pas une dépendance par une autre sans mesurer. Un projet d'agent qui coûte plus cher que le SaaS qu'il remplace, ça arrive souvent. C'est même l'une des raisons du taux d'abandon de 40 %. Avant de basculer, chiffrez le gain réel, comme on l'explique dans cet article sur la méthode avant / après.

Ce que vous pouvez faire cette semaine

  • Listez vos dix contrats SaaS les plus chers et notez leur mode de facturation.
  • Pour chacun, tranchez : interface de saisie ou système de vérité ?
  • Repérez les dates de renouvellement des six prochains mois. Ce sont vos fenêtres de négociation.
  • Vérifiez si vos éditeurs autorisent ou bloquent les agents tiers.
  • Lancez une cartographie de l'usage réel, y compris des outils IA adoptés hors radar.

L'arbitrage agentique n'est pas une menace abstraite réservée aux éditeurs américains. C'est un levier de négociation qui arrive dans vos mains. À condition de savoir où vous perdez de l'argent et où votre pile garde vraiment de la valeur.

Sources

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