Roche s'est fixé un objectif brutal : acculturer ses 100 000 salariés à l'IA pour le 1er décembre 2025. Cent mille personnes. Dans un labo pharmaceutique fondé en 1896, autant dire une paquebot. Le genre de chiffre qui fait sourire un dirigeant de PME lyonnaise. "Facile quand on a les moyens d'un géant."
Sauf que la méthode derrière ce chantier est bien plus reproductible qu'elle n'en a l'air. Et surtout, elle raconte quelque chose que ta boîte ne peut plus ignorer : la formation IA des collaborateurs n'est plus une option. Depuis février 2025, c'est une obligation légale. On décrypte ce que Roche a fait, ce qui coince même chez eux, et comment transposer tout ça avec un budget de PME ou d'ETI.
Ce que Roche a vraiment mis en place
Premier point à comprendre : Roche ne forme pas tout le monde de la même façon. Le groupe a segmenté ses projets IA en trois familles. Les cas d'usage transformateurs (Transform), qui changent la donne métier. La réorganisation de processus (Reshape). Et l'usage quotidien (Everyday AI).
C'est cette dernière brique, Everyday AI, qui sert de socle à l'acculturation de masse. Autrement dit : avant de rêver d'IA qui révolutionne la R&D, on apprend à tout le monde à utiliser l'IA déjà présente dans les outils du quotidien. Bureautique, messagerie, recherche interne. Ce distinguo est capital pour une PME. Tu n'as pas besoin d'un projet pharaonique pour démarrer. Tu as besoin que tes équipes maîtrisent ce qui est déjà sous leur main.
Le déploiement en France : 6 mois, 600 salariés
En France, le projet de formation lié à Everyday AI s'est construit sur 6 mois, avec l'objectif d'acculturer 600 salariés. Détail important : le programme incluait la formation des formateurs eux-mêmes. On ne parachute pas un module e-learning et on croise les doigts. On crée des relais internes capables de transmettre.
Autre contrainte terrain, souvent zappée dans ce type de projet : un tiers des collaborateurs de Roche sont en déplacement auprès des professionnels de santé. Impossible de les bloquer une journée en salle. Il a fallu des formats compatibles avec la mobilité : asynchrone, mobile-first. Des contenus qu'on consulte entre deux rendez-vous, sur son téléphone.
La leçon pour toi : adapte le format à la vie réelle de tes équipes. Un commercial qui roule toute la journée n'apprendra jamais dans un webinaire de deux heures à 14h. Un atelier de 20 minutes en présentiel, en revanche, peut passer.
Même une multinationale revoit ses ambitions
Voici le détail qui devrait te rassurer. Les équipes locales tablaient au départ sur huit semaines de formation et un objectif de 90 % des collaborateurs touchés. Le projet a été ajusté en cours de route. Traduction : même Roche, avec ses moyens, a dû revoir la voilure.
Ne te fixe pas des cibles héroïques. Un objectif atteint à 60 % vaut mieux qu'un plan à 100 % qui reste sur le papier. Commence petit, mesure, ajuste.
La gouvernance à deux étages : le vrai point transposable
Roche est un acteur régulé. Le groupe doit garantir que ses usages IA respectent des impératifs de conformité et de sécurité des données. Pour ça, un cadre de gouvernance encadre toutes les initiatives, avec une structure de pilotage à deux niveaux. Un comité stratégique bimensuel, incluant des membres du comité de direction, qui arbitre les décisions complexes et anticipe les impacts organisationnels.
Tu n'as pas besoin d'un comité de direction pour ça. Mais tu as besoin de savoir qui décide quoi. Qui valide un nouvel outil IA. Qui gère les données sensibles. Qui tranche quand un salarié veut utiliser un modèle non autorisé. Sans ce garde-fou, tu tombes dans le shadow AI : des équipes qui utilisent des IA dans ton dos, sans contrôle, avec tes données clients dedans.
Sur ce point précis, on a détaillé le sujet dans Shadow AI : quand vos équipes utilisent des IA sans vous le dire et, côté organisation, dans Gouvernance de l'IA : qui décide quoi dans une entreprise de cinquante personnes. À lire avant de lancer quoi que ce soit.
Mesurer l'adoption sans usine à gaz
Former, c'est bien. Savoir si ça sert, c'est mieux. La filiale française de Roche a retenu plusieurs KPI. Le plus parlant : une mesure avant-après qui a traduit un gain d'un point sur la sensibilité des salariés aux mécanismes et capacités de l'IA. Autrement dit, on interroge les équipes avant la formation, puis après, et on regarde l'écart.
Deuxième indicateur, encore plus simple à répliquer : le suivi des interactions avec les services d'IA de Google Workspace. Concrètement, est-ce que les gens utilisent vraiment les fonctions IA déjà présentes dans leurs outils bureautiques ?
C'est du pain bénit pour une PME. Tes salariés ont probablement déjà accès à des assistants IA dans leur suite bureautique. Mesure le taux d'usage avant, forme, remesure. Tu sauras si ta formation a servi à quelque chose. La méthode est détaillée dans Mesurer le gain réel d'un usage IA : la méthode avant / après.
Le contre-exemple malin : le groupe Rocher
Ne confonds pas Roche (pharma) et Rocher (cosmétique, Yves Rocher). Mais le cas Rocher est justement intéressant parce qu'il montre une autre philosophie, plus proche de ce qu'une ETI peut faire.
En 2024, plus de 600 employés du groupe Rocher en France ont été accompagnés dans l'adoption de l'IA générative, via un outil tiers plutôt qu'un programme interne lourd. Les métiers prioritaires : marketing, informatique, RH, communication. Et surtout, la démarche a embarqué 250 volontaires supplémentaires ayant prouvé leur maîtrise via un jeu-concours. Une approche gamifiée, peu coûteuse, qui repose sur la motivation plutôt que sur la contrainte.
Depuis, le groupe a élargi pour viser 13 000 utilisateurs éclairés, avec une obsession : éviter le shadow IT. Parce que dès 2023, avec l'arrivée de ChatGPT, la question de l'usage spontané s'est posée. Deux modèles, donc. Roche mise sur la structuration lourde et pilotée. Rocher a d'abord misé sur l'auto-formation outillée pour avancer vite avec moins de ressources. Pour une PME régionale, le second est souvent plus réaliste.
Pourquoi tu ne peux plus repousser
Au-delà de la performance, il y a l'obligation légale. L'article 4 de l'AI Act impose depuis février 2025 de former ses équipes à l'IA. Les sanctions peuvent grimper à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial. Ça concerne aussi les PME qui utilisent des systèmes d'IA à risque. La formation IA n'est plus un confort, c'est de la conformité. On a fait le point sur les contrôles en cours dans AI Act : les contrôles ont commencé, ce que risquent les entreprises de la région.
Et il y a le risque de décrochage. Selon l'INSEE, en 2024, seules 10 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisent l'IA. Mais celles-là représentent déjà 50 % du chiffre d'affaires total et 40 % de l'emploi. Les adopteurs sont surreprésentés parmi les plus grandes et les plus dynamiques. Attendre, c'est prendre le risque de rester dans la moitié qui décroche.
L'écart entre l'envie et l'action est réel. Un baromètre IFOP/Talan de 2024 indiquait que 80 % des professionnels se disaient prêts à se former, alors qu'une estimation BPI France évoquait seulement 26 % des PME équipées d'au moins une solution IA. Tout le monde veut. Peu font.
Financer ta démarche sans exploser le budget
C'est le point qui change tout pour une PME. Tu cotises déjà pour la formation, autant t'en servir.
Un OPCO (opérateur de compétences) est un organisme paritaire qui collecte les contributions formation des entreprises et les redistribue. Chaque entreprise est rattachée à un OPCO unique, déterminé par sa convention collective ou son code NAF. Elle cotise chaque année entre 0,55 % et 1 % de sa masse salariale brute. Cette enveloppe est mobilisable pour financer la formation de tes équipes à l'IA.
Et pour les petites structures, les taux de prise en charge sont généreux : pour une entreprise de 1 à 10 salariés, la prise en charge peut atteindre jusqu'à 100 % des actions de formation. Autant dire que le coût n'est plus un argument valable pour ne rien faire.
Pour aller plus loin sur les leviers régionaux, jette un œil à Financer un projet IA en région : les dispositifs à connaître.
Ta feuille de route, inspirée de Roche
- Segmente. Commence par l'usage quotidien (l'Everyday AI de Roche), pas par le projet qui change tout. Fais monter tout le monde sur les fonctions IA déjà présentes dans vos outils.
- Adapte le format. Mobile, asynchrone, sessions courtes. Cale-toi sur la réalité du terrain, pas sur l'agenda idéal.
- Nomme un pilote. Une personne, un mini-comité, peu importe la taille. Quelqu'un décide qui utilise quoi et gère la conformité.
- Mesure avant / après. Un questionnaire simple et le taux d'usage réel des outils. Deux chiffres suffisent.
- Joue la carte des volontaires. Comme Rocher, appuie-toi sur les enthousiastes et un peu de gamification avant d'imposer.
- Mobilise ton OPCO. Avant de sortir le chéquier, vérifie ce qui est déjà financé.
Roche revoit ses ambitions en cours de route, forme d'abord ses formateurs et mesure deux KPI simples. Rien de tout ça n'exige un budget de multinationale. Ce qu'il te manque, ce n'est ni l'argent ni les outils. C'est de démarrer. Pour construire le socle minimal, on t'a préparé Former ses équipes à l'IA : le programme minimum qui fonctionne. Tu peux lancer une première session ce mois-ci.
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