Un chiffre a fait le tour de la presse éco cet automne : 26 % des TPE-PME françaises utilisent l'IA. Le double d'il y a un an. En parallèle, l'Insee parle d'un triplement en deux ans. Deux chiffres, deux histoires, et beaucoup de confusion.
La vraie question n'est pas de savoir si l'IA explose. Elle explose. La question, c'est : où se situe ta boîte dans ce mouvement, et où en sont celles de Lyon et d'Auvergne-Rhône-Alpes. On déballe les chiffres, ce qu'ils cachent, et comment te positionner sans te raconter d'histoires.
Les chiffres : 26 %, 18 %, un triplement, et pourquoi ça change tout
Commençons par le baromètre France Num 2025. L'étude a été confiée par la Direction générale des Entreprises au Crédoc et au Centre Relations Clients. Ils ont interrogé 11 021 entreprises, dont 7 978 TPE. Solide. Le résultat : 26 % des TPE-PME utilisent des solutions d'IA, surtout de la génération de texte, de voix ou d'image. C'était 13 % en 2024. Doublement en un an.
Ensuite, l'Insee. Autre enquête, autre résultat : 18 % des entreprises déclarent utiliser au moins une technologie d'IA en 2025, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023. Un triplement en deux ans. Ça nous rapproche de la moyenne de l'Union européenne, à 20 %.
26 ou 18 ? Les deux. Et c'est là que la plupart des articles se plantent.
Pourquoi deux chiffres différents ne se contredisent pas
France Num compte les TPE-PME au sens large, micro-entreprises comprises. L'Insee ne compte que les entreprises de 10 salariés et plus. Périmètres différents, méthodes différentes, résultats différents. C'est normal.
Le problème, c'est que dans la presse, tu peux lire qu'une entreprise sur cinq utilise l'IA. Ou une sur quatre. Ou une sur deux. Ou une sur dix. Les quatre affirmations sont exactes. Elles ne mesurent simplement pas la même chose. Chacun pioche le chiffre qui arrange son propos.
Un piège technique en prime, signalé par des observateurs spécialisés : dans l'Insee Première n° 2120, les figures 2 et 3 ne sont pas exprimées en pourcentage d'entreprises, mais en pourcentage d'effectifs salariés. Si tu cites ces graphiques, vérifie l'unité. Sinon tu sors un chiffre faux dans un article par ailleurs sérieux. On avait déjà creusé le sujet dans notre article 18 % des entreprises françaises utilisent l'IA : et celles de la région ?.
Ce que ces chiffres cachent vraiment
L'effet taille est massif
La moyenne à 26 % masque un écart net. Les PME grimpent à 34 %. Ce qui veut dire que les TPE seules, elles, sont sous la moyenne. Plus tu es petit, moins tu utilises l'IA.
L'Insee confirme et amplifie. Les entreprises de moins de 50 salariés l'utilisent deux fois moins souvent que celles de 50 à 249 salariés, et presque quatre fois moins que celles de 250 salariés et plus. Les taux : 15 %, 31 %, 58 %. La marche se franchit avec les moyens.
Autre lecture qui compte : les entreprises utilisatrices d'IA concentrent une part croissante du chiffre d'affaires et de l'emploi. On est passé d'environ la moitié du CA en 2024 à des niveaux plus élevés en 2025. Autrement dit, l'IA se diffuse d'abord là où il y a du poids économique. Pas partout uniformément.
Les écarts sectoriels sont énormes
La NTIC est en tête : 41 % des entreprises du secteur utilisent l'IA. À l'autre bout, l'agriculture : 9 % seulement, même si elle progresse de 5 points. Entre les deux, tout un dégradé.
Un secteur parle particulièrement à Lyon : l'hébergement-restauration. En 2025, 20 % y utilisent des solutions d'IA, contre 8 % un an plus tôt. Bond de 12 points, mais toujours sous la moyenne de 26 %. Et le secteur reste en retard sur l'exploitation de ses données : 55 % exploitent leurs données comptables contre 64 % en moyenne, 42 % leurs données clients et ventes contre 54 %. Pour une ville où la restauration pèse lourd, il y a de la marge.
Où en est votre entreprise ?
Pas de déclinaison régionale officielle du taux d'adoption pour l'instant. France Num publie du national et du sectoriel, avec un volet régional plutôt qualitatif via les Activateurs. Mais on peut te situer autrement.
La segmentation par maturité
Le volet qualitatif du baromètre repose sur 32 entretiens avec des dirigeants. Il fait ressortir des usages concrets, classables en familles. Regarde où tu te reconnais :
- Productivité et coûts : gestion de contrats, réduction des coûts de production. Le point d'entrée le plus fréquent.
- Création et support métiers : appui aux RH, comptes rendus détaillés, aide à la rédaction.
- Exploration technique : usage de plusieurs IA pour des rapports, de la recherche, de l'analyse.
- Vision stratégique : structuration des usages, formations spécialisées, volonté d'intégrer l'IA en profondeur.
Si tu es à zéro, tu n'es pas seul : la majorité des TPE le sont encore. Si tu bricoles ChatGPT dans ton coin sans cadre, tu es dans la moyenne. Si tu as structuré des usages et formé des gens, tu es déjà dans le tiers de tête.
Le vrai frein n'est pas technique
Voici le résultat le plus utile de l'enquête. Parmi les entreprises qui n'utilisent pas encore l'IA, 71 % invoquent un manque d'utilité perçue pour leur activité. Loin devant le manque d'expertise interne (54 %) ou les contraintes liées aux systèmes, aux données et au cadre juridique (38 % chacun).
Traduction : le blocage est mental et stratégique, pas technique. Beaucoup de dirigeants ne voient pas à quoi l'IA leur servirait. Ce qui veut dire que la première étape n'est pas d'acheter un outil. C'est d'identifier une tâche qui te fait perdre du temps.
Le contexte régional : un écosystème qui grossit vite
Là où la région se distingue, c'est côté offre et écosystème. Le tissu économique autour de l'IA en Auvergne-Rhône-Alpes a grossi de 42 % pour atteindre 431 entreprises identifiées, dont 191 start-ups et 71 entreprises créées depuis 2020.
Près d'une start-up sur trois de la région place l'IA au cœur de son projet, dans un tissu de plus de 1 300 jeunes entreprises actives et des levées de fonds cumulées dépassant 7 milliards d'euros. Les pôles Grenoble, Lyon et Saint-Étienne, complétés par Clermont-Ferrand, forment un triangle où cohabitent recherche fondamentale, prototypage et grands donneurs d'ordre.
Ce que ça change pour toi, dirigeant de TPE-PME : tu as des prestataires, des labos, des formations et des financeurs à proximité. Tu n'es pas obligé d'aller à Paris. On a détaillé la carte dans Startups IA à Lyon : où se situe l'écosystème AURA dans la carte 2026, et les financements dans Financer un projet IA en région.
Premiers pas réalistes, sans se planter
Si tu es dans la majorité qui n'a pas encore franchi le cap, voici une approche sobre. Pas de grand plan de transformation. Des gestes concrets.
- Pars d'une tâche, pas d'un outil. Repère une corvée récurrente : tri de mails, rédaction de devis, comptes rendus de réunion, relances de factures. C'est là que le retour est immédiat.
- Teste sur un cas, mesure avant et après. Combien de temps ça prend aujourd'hui, combien après. Sans mesure, tu ne sais pas si ça marche. Notre méthode est dans Mesurer le gain réel d'un usage IA.
- Forme les gens avant d'investir. Le blocage est humain. Un programme minimum suffit pour démarrer. Voir Former ses équipes à l'IA : le programme minimum qui fonctionne.
- Pose un cadre RGPD dès le départ. Surtout si tu manipules des données clients. Ce que tu peux faire et ne pas faire est résumé dans RGPD et IA en entreprise.
- Encadre les usages spontanés. Tes équipes utilisent probablement déjà l'IA sans te le dire. Autant baliser. Voir Shadow AI : quand vos équipes utilisent des IA sans vous le dire.
Si tu débutes complètement et que tu n'es pas technique, commence par Faire ses premiers pas avec l'IA quand on n'est pas technique. Et si tu as un petit budget, on a fait un guide dédié : L'IA pour les PME de la région : par quoi commencer avec un petit budget.
Retiens l'essentiel. Le doublement de l'adoption est réel, mais il se joue surtout dans les PME et les gros secteurs. Les TPE et les métiers traditionnels restent en retrait, non par manque d'outils, mais par manque d'usage perçu. En région, l'offre est là, à portée de main. Ton avantage, ce n'est pas de suivre la moyenne. C'est de trouver le premier cas d'usage qui te fait gagner du temps dès la semaine prochaine, et de le mesurer.
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